Venir en tenue souple, ou enfiler le pantalon ample que fournit le salon : pour un premier massage thaï, la consigne surprend souvent ceux qui s’attendaient à se déshabiller et à s’allonger sur une table, sous une serviette. C’est la première différence avec un massage à l’huile, et elle en annonce beaucoup d’autres.
Les deux figurent côte à côte sur les cartes des instituts, sous le même mot de massage. Elles n’ont pourtant ni la même origine, ni les mêmes gestes, ni le même public. Mieux vaut le savoir avant de réserver une heure de l’une en espérant l’autre.
Une tradition née dans les villages et gravée dans un temple
Le massage thaï, que les Thaïlandais appellent nuad thai, s’est transmis pendant des siècles de praticien à élève, dans les campagnes, comme un soin du quotidien entre voisins et membres d’une même famille. Au XIXe siècle, une partie de ce savoir a été gravée dans la pierre au Wat Pho, à Bangkok, sous forme d’inscriptions et de figures décrivant les points de pression. Le temple abrite toujours une école de massage réputée. En 2019, l’UNESCO a inscrit le nuad thai au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, ce qui rappelle qu’il s’agit d’abord d’une pratique culturelle, avec ses gestes, son ordre et son vocabulaire.
Le travail suit des lignes d’énergie appelées sen, selon une logique propre à la tradition thaïe. Qu’on y adhère ou non, ce cadre explique surtout la construction de la séance, qui part en général des pieds pour remonter vers la tête.
Habillé sur un matelas, ou dévêtu sur une table
Le massage thaï se reçoit sur un matelas posé au sol. Le client reste habillé, en vêtements amples, et aucune huile n’est utilisée. Le praticien travaille avec ses paumes et ses pouces, mais aussi ses avant-bras, ses coudes, ses genoux et ses pieds. Il se déplace autour de vous, prend appui, change de position plusieurs fois.
Le massage à l’huile, qu’on l’appelle suédois, californien ou simplement relaxant, se pratique sur une table, en sous-vêtements, le corps couvert d’une serviette qu’on découvre zone par zone. Le praticien reste debout, le contact passe par les mains et les avant-bras, et l’huile permet de longs mouvements glissés.
Beaucoup de salons proposent aussi un massage thaï à l’huile. Il emprunte certaines pressions à la tradition, mais se rapproche nettement, dans les sensations, d’un massage occidental, avec peu de grands étirements.
Pressions et étirements d’un côté, longs glissés de l’autre
Pendant une séance de thaï, le corps est mobilisé. Le praticien appuie le long des jambes, du dos et des bras, puis plie, tire et étire : une jambe ramenée vers la poitrine, un bras tendu vers l’arrière, une torsion du buste. Vous restez passif, c’est lui qui conduit le mouvement. Les pressions sont plus franches que dans un massage à l’huile, et certains étirements vont jusqu’à la limite de votre souplesse.
Le massage à l’huile ne demande rien de tel. On ne bouge presque pas, on se retourne une fois à mi-séance. Le rythme est continu, enveloppant, et la pression se règle de l’effleurement au pétrissage appuyé, selon ce que vous demandez.
Dans les deux cas, la douleur n’est pas un gage d’efficacité. Une douleur vive, un fourmillement ou une sensation de décharge sont des signaux pour demander moins fort, ou pour arrêter. Avec un praticien thaïlandais, « bao bao », qui veut dire doucement, passe souvent plus vite qu’une longue phrase.
Qui sera plus à l’aise avec l’un ou l’autre ?
Le thaï plaît à ceux qui aiment le mouvement, sortent d’une semaine immobile derrière un écran et ne sont pas gênés par un contact appuyé. Ceux qui veulent somnoler, se laisser porter et ne plus penser à rien seront souvent plus à l’aise avec un massage à l’huile. La pudeur entre aussi en compte : rester habillé met beaucoup de premiers clients en confiance.
Avant une première séance, il est utile de lire comment se déroule un massage thaï traditionnel, du matelas au sol jusqu’aux étirements de fin de séance. On arrive en sachant à quoi s’attendre, et l’on ose plus facilement dire ce qui ne convient pas.
Les précautions à connaître avant de s’allonger
Parce qu’il mobilise les articulations, le massage thaï appelle plus de précautions que le massage à l’huile. Une grossesse, une ostéoporose, une hernie discale, une opération récente du dos, une prothèse articulaire, un antécédent de phlébite ou un traitement anticoagulant justifient de demander l’avis de son médecin avant de réserver, puis de prévenir le praticien. En cas de fièvre, d’infection ou de blessure récente, on reporte. Évitez aussi le repas copieux juste avant : les torsions du buste et les appuis sur le ventre se vivent mal l’estomac plein.
La nuque mérite une mention à part. Les rotations brusques et les craquements relèvent de la manipulation, pas du massage de bien-être, et vous pouvez les refuser sans vous justifier. Le titre de praticien en massage thaï n’étant pas protégé en France, demander où et combien de temps la personne s’est formée est une question normale ; une réponse précise est plutôt bon signe.
Pour une première fois, choisissez une séance d’une heure plutôt que deux. C’est assez pour sentir si ce toucher vous convient, et assez court pour ne rien regretter si vous lui préférez finalement une table et une huile tiède.
